CDA Spécial déco n°3, avril 2008
Nicolas Aubagnac, architecte des formes
Architecte d’intérieur, créateur de pièces de mobilier et de lampes, Nicolas Aubagnac fête ses dix ans d’activité. Au delà des artistes-décorateurs des années 30 et 40, c’est la monumentalité des architectures de l’Antiquité et du Moyen Age qui nourrit ses créations.
En un autre temps, Nicolas Aubagnac aurait été romantique, ou décadent. Fasciné par l’esthétique des ruines et les antiques civilisations, il possède une conscience aigue du temps. Pour autant ce jeune architecte d’intérieur, créateur de mobilier et de luminaires, n’a rien de passéiste. A trente-sept ans, il « assume parfaitement dans ses créations les apports du passé ». Qu’il s’agisse de l’antiquité grecque et égyptienne, de l’art cistercien, de la Renaissance, du style Louis XIV ou de l’Art déco.
« On m’a catalogué années 30 et 40, mais mes ancrages vont au-delà », affirme cet amateur d’art lyrique, fasciné par les décors d’opéras. Même s’il tient du décorateur Jean-Michel Frank « le goût des lignes sobres mais très élaborées » et celui des matériaux tels que le galuchat, le parchemin gainé, l’ébène de Macassar ou la marqueterie de paille, Nicolas Aubagnac cherche avant tout à « architecturer » ses créations. « Je cherche à retrouver, à l’échelle des objets que je crée, un écho de l’élan, de la force et de l’équilibre des constructions.
Lorsque je dessine une lampe, je l’imagine avec la même monumentalité et la même élégance qu’une colonne de marbre ou qu’une tour de pierre.
Lorsque je crée une table, je la pense comme une architecture : son plateau est comme une toiture et son piétement comme la colonnade d’un temple », écrit-il dans un livre en forme de carnet de voyage qu’il édite à l’occasion de ses dix ans de création. Pour fêter cet anniversaire, Nicolas Aubagnac a dessiné de nouveaux modèles de meubles et de lampes qu’il juxtapose avec des photographies d’architectures prises lors de ses voyages. Exemples : la lampe en bronze patiné Babel qu’il met en relation avec l’image d’une tour ruinée de l’abbaye de Jumièges, la lampe Thèbes en marqueterie de paille qu’il rapproche d’un grenier à blé de l’Atlas ou le guéridon Tyr en noyer massif qu’il associe avec les colonnes du temple de Ségeste.
Géométrie secrète
Fasciné par ces architectures qu’il considère comme des « sculptures à ciel ouvert », il l’est tout autant par la géométrie dans laquelle « tous les rythmes, toutes les formes sont en gestation ». Ce n’est pas un hasard si le traité de Luca Pacioli « La Divine Proportion » figure en permanence sur la table de travail de ce grand lecteur. Et si la plupart de ses pièces de mobilier et lampes se réduisent à des combinaisons de pyramides, de cônes, de cylindres ou de cercles. « Chaque objet que je dessine renferme le jeu de sa géométrie secrète, comme un code magique qui donne aux formes leur grâce et fixe leurs proportions », écrit-il encore. « Je pense que la beauté repose en partie sur cette géométrie pure et intemporelle des formes élémentaires ». Témoin son extraordinaire lampe en forme de polyèdre, représentation en trois dimensions de la forme à facettes présente dans la Mélancolie de Dürer. Plus qu’une prouesse technique, une méditation sur la forme.
Myriam Boutoulle


Show room Nicolas Aubagnac, 26 Cité de Trévise, 75009 Paris
(sur rendez-vous au 01 42 46 69 45 - www.nicolas-aubagnac.com)